Introduction
Les diététistes en santé publique de l’Ontario (anciennement la Société ontarienne des professionnels de la nutrition en santé publique) ont publié un Énoncé de position sur les réponses à l’insécurité alimentaire1 en 2015. Cet énoncé de position a servi de base à des messages uniformes pour nos membres et les bureaux de santé publique de l’Ontario concernant le problème urgent de l’insécurité alimentaire des ménages en Ontario et sur les réponses en amont à ce problème.
La mise à jour de l’Énoncé de position et des recommandations sur les réponses à l’insécurité alimentaire s’appuie sur une quantité importante de recherches récentes sur l’insécurité alimentaire et ses effets. Cet énoncé de position mis à jour traite de l’exacerbation de l’insécurité alimentaire causée par la pandémie de COVID-19, ainsi que des réponses politiques prometteuses à ce problème systémique.
Les DSPO encouragent leurs membres, les bureaux de santé publique, les partenaires communautaires et les municipalités relevant de la compétence de chaque bureau de santé publique, les gouvernements des Premières Nations* et les gouvernements provincial et fédéral à défendre les orientations politiques et à travailler à la mise en œuvre des recommandations.
Définition de l’insécurité alimentaire
Selon Statistique Canada, « une situation d’insécurité alimentaire existe au sein d’un ménage lorsqu’au moins un membre du ménage n’a pas accès à suffisamment d’aliments, ou à des aliments suffisamment variés, pour combler ses besoins en raison d’un manque d’argent. »2 La définition d’insécurité alimentaire qu’utilise Food Insecurity Policy Research (PROOF) est un accès inadéquat ou incertain à des aliments en raison de contraintes financières.3
Les Diététistes en santé publique de l’Ontario (DSPO) ont adopté la définition d’insécurité alimentaire de PROOF. Selon PROOF, bien que l’insécurité alimentaire soit étroitement liée au revenu (c.-à-d. que le risque d’insécurité alimentaire augmente avec la diminution du revenu d’un ménage), le lien entre les deux ne coïncide pas exactement. L’insécurité alimentaire reflète les circonstances matérielles élargies d’un ménage, en tenant compte du revenu, de la propriété, et des autres biens sur lesquels un ménage pourrait compter.
La sévérité de l’expérience d’insécurité alimentaire varie3:
- Insécurité alimentaire marginale – s’inquiéter de manquer de nourriture et/ou de n’avoir qu’une sélection limitée d’aliments
- Insécurité alimentaire modérée – ne pas manger une qualité ou une sélection d’aliments adéquate
- Insécurité alimentaire grave – ne pas manger une quantité suffisante de nourriture ou dans les cas plus extrêmes, ne pas manger pendant une journée entière ou plus à cause d’un manque d’argent.
Insécurité alimentaire et faim: la différence
Le terme « faim » est souvent utilisé au lieu d’« insécurité alimentaire » parce qu’il est plus facilement compris et qu’il suscite de plus fortes émotions.4 Cependant, la faim et l’insécurité alimentaire ne sont pas la même chose. L’insécurité alimentaire est une situation économique et sociale au niveau du ménage résultant d’un accès limité ou incertain à des aliments adéquats. Au contraire, la faim est une situation physiologique au niveau individuel qui peut ou non être le résultat de l’insécurité alimentaire.4
Surveillance de l’insécurité alimentaire au Canada et en Ontario
Depuis 2005, Statistique Canada mesure systématiquement l’insécurité alimentaire au niveau des ménages à l’aide du Module d’enquête sur la sécurité alimentaire des ménages (MESAM) de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC).5 L’ESCC couvre la population de 12 ans et plus vivant dans toutes les provinces et les territoires. Pour être représentatif, un échantillon de 130 000 répondants est requis sur deux ans, dont 120 000 répondants pour couvrir la population âgée de 18 ans et plus et 10 000 répondants pour couvrir la population âgée de 12 à 17 ans.
Les groupes exclus de l’enquête comprennent les membres à temps plein des Forces armées canadiennes, les personnes vivant dans les réserves des Premières Nations et la population institutionnalisée.6
Le MESAM comprend 18 questions sur la sécurité alimentaire du ménage au cours des 12 mois précédents. Dix questions sont spécifiques aux expériences des adultes du ménage ou du ménage en général (échelle adulte), et huit questions visent spécifiquement les expériences des enfants de moins de 18 ans dans le ménage (échelle enfant).5 Bien que l’ESCC soit menée chaque année dans toutes les provinces et tous les territoires, l’inclusion du MESAM dans l’enquête n’a été obligatoire que dans les cycles de 2007-2008, 2011-2012 et 2017-2018.7 Dans les cycles de l’ESCC où le MESAM n’est pas obligatoire, les provinces et les territoires peuvent choisir de l’exclure. L’Ontario a opté pour le MESAM en 2009-2010 et 2013-2014, mais pas en 2015-2016.
Statistique Canada a précédemment défini trois catégories de sécurité alimentaire : sécurité alimentaire; l’insécurité alimentaire, modérée; et l’insécurité alimentaire, grave. Ces catégories ont été utilisées pour décrire la situation globale de la sécurité alimentaire vécue par les adultes, les enfants et les ménages fondée sur le nombre de réponses affirmatives au MESAM. Cette approche d’interprétation des données sur l’insécurité alimentaire a été mise à jour en 2020 pour inclure une quatrième catégorie : insécurité alimentaire, marginale. Cette nouvelle catégorie reflète les situations de « crainte de manquer de nourriture ou d’avoir un choix limité d’aliments en raison d’un manque d’argent pour la nourriture. »8
En utilisant la nouvelle approche, pour être considérés comme « en sécurité alimentaire » au niveau du ménage, les répondants ne peuvent répondre par l’affirmative à aucune des 18 questions du MESAM. Cependant, la catégorie « insécurité alimentaire marginale » n’est pas incluse dans les estimations de la prévalence de l’insécurité alimentaire de Statistique Canada. Seules « insécurité alimentaire, modérée » et « insécurité alimentaire, grave » sont regroupées dans la catégorie globale de « insécurité alimentaire » sur la base du raisonnement selon lequel elles reflètent des perturbations de la consommation alimentaire.8 En revanche, PROOF inclut l’insécurité alimentaire marginale dans ses estimations de prévalence, reflétant la preuve qu’elle est associée à une moins bonne santé et à un plus grand recours aux soins de santé.9
Une chance pour tous − La première Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté, annoncée en août 2018, établit une mesure officielle de la pauvreté au Canada, des objectifs précis de réduction de la pauvreté et des systèmes de mesure et de suivi des progrès.10 Le Tableau de bord officiel de la pauvreté du Canada11 identifie 12 indicateurs, y compris l’insécurité alimentaire, qui sont surveillés et dont les données sont publiées dans le Carrefour des dimensions de la pauvreté12, mais sans cibles de réduction établies. En date de février 2020, l’indicateur d’insécurité alimentaire reflète les données recueillies sur trois cycles de l’ESCC, pendant lesquels des données nationales sur l’insécurité alimentaire ont été collectées : 2007-2008, 2011-2012 et 2017-2018.12
L’Enquête canadienne sur le revenu (ECR) est une enquête transversale annuelle qui examine le revenu et les sources de revenu des Canadiens, y compris les caractéristiques des individus et des ménages. En 2019, l’ECR a commencé à recueillir des informations sur la sécurité alimentaire. À partir de 2021, les résultats seront utilisés pour suivre annuellement cet indicateur par le biais du tableau de bord de la pauvreté.12
En 2020, Statistique Canada a lancé la Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes (SEPC)14 pour mieux comprendre les enjeux sociaux touchant un échantillon de 4 600 Canadiens vivant dans les 10 provinces. La SEPC consiste en une série de courts sondages en ligne administrés à intervalles approximativement mensuels de janvier 2020 à mars 2021. Initialement, la SEPC se concentrait sur des sujets liés aux impacts de la pandémie de COVID-19. En mai 2020, la SEPC a évalué l’insécurité alimentaire au cours des 30 jours précédents en se basant sur une échelle de six expériences alimentaires négatives dérivées du MESAM, allant de manquer de nourriture avant qu’il y ait de l’argent pour en acheter plus, à avoir faim parce qu’il n’y a pas d’argent pour acheter de la nourriture.15
Comme le prévoit la Loi de 2009 sur la réduction de la pauvreté16, l’Ontario est tenu d’élaborer une stratégie de réduction de la pauvreté sur cinq ans pour informer et mesurer les actions dans la province afin de réduire la pauvreté. En plus de préciser un objectif de réduction de la pauvreté et des initiatives visant à améliorer les conditions économiques et sociales des individus et des familles vivant dans la pauvreté, chaque stratégie de réduction de la pauvreté nouvelle ou modifiée doit inclure « des indicateurs servant à mesurer le degré de réussite de la stratégie qui sont liés aux déterminants de la pauvreté, notamment le revenu, le niveau d’instruction, l’état de santé, le logement et le niveau de vie. »16
L’Ontario a publié sa première Stratégie de réduction de la pauvreté en 200817 et une deuxième en 2014.18 Divers indicateurs de mesure des progrès ont été inclus dans les deux stratégies. Cependant, aucune de ces stratégies n’a surveillé la prévalence de l’insécurité alimentaire dans les ménages visant les adultes et/ou les enfants de l’Ontario. En mars 2020, les DSPO ont fourni des commentaires19 sur la consultation pour l’élaboration d’une nouvelle stratégie de réduction de la pauvreté pour l’Ontario, recommandant l’établissement d’objectifs provinciaux pour la réduction de l’insécurité alimentaire des ménages en Ontario. À ce jour, aucun rapport sur la consultation n’a été publié.
Persistance et prévalence de l’insécurité alimentaire au Canada et en Ontario
En 2017-2018, 12,7 % des ménages canadiens (1,8 million) avaient connu un certain niveau d’insécurité alimentaire au cours des 12 mois précédents. À 4,4 millions d’individus, dont plus de 1,2 million d’enfants de moins de 18 ans, le nombre total de Canadiens en situation d’insécurité alimentaire en 2017-2018 était supérieur à toute estimation nationale précédente.3
De 2005 à 2014, la prévalence de l’insécurité alimentaire en Ontario est demeurée constante à environ 12 %, soit un ménage sur huit.20 En 2017-2018, 13,3 % des ménages ontariens ont connu l’insécurité alimentaire, ce qui représente environ 702 500 ménages ou 1 719 300 Ontariens.21 Environ 17 % des enfants de moins de 18 ans en Ontario, soit 464 000 enfants, vivaient dans des ménages touchés par l’insécurité alimentaire en 2017-2018.22 Bien qu’il semble que la prévalence de l’insécurité alimentaire en Ontario et au Canada ait augmenté en 2017-2018 par rapport aux années précédentes, il est compliqué de comparer la prévalence sur ces périodes en raison des changements apportés à la méthodologie d’échantillonnage de l’ESCC en 2015.7
En février 2020, le Tableau de bord officiel de la pauvreté au Canada11 indiquait que 8,7 % des ménages ont déclaré être en situation d’insécurité alimentaire selon l’ESCC de 2017-2018, ce qui représente une augmentation de 4,8 % par rapport aux 8,3 % déclarés dans l’ESCC en 2011-2012. Statistique Canada a signalé que 8,8 % des ménages canadiens (environ 1,2 million) ont connu une certaine insécurité alimentaire modérée ou grave en 2017-2018 en raison de contraintes financières.2 Ces chiffres sont inférieurs à ceux estimés par PROOF car ils n’incluent pas les ménages de la catégorie « insécurité alimentaire, marginale ». De plus, PROOF calcule le nombre total de personnes touchées par l’insécurité alimentaire en comptant tous les membres des ménages qui vivent l’insécurité alimentaire.21
Les résultats de la SEPC en mai 2020 ont indiqué que près d’un Canadien sur sept (14,6 %) a expérimenté l’insécurité alimentaire dans son ménage au cours des 30 derniers jours. Cela représente un taux d’insécurité alimentaire significativement plus élevé pendant la COVID-19 par rapport au taux de 10,5 % de l’ESCC de 2017-2018.b De plus, les Canadiens vivant dans des ménages avec enfants étaient plus susceptibles d’être en situation d’insécurité alimentaire (19,2 %) que ceux sans enfants (12,2 %). Les Canadiens qui avaient un emploi mais en étaient absents en raison de la fermeture de l’entreprise, d’une mise à pied ou de circonstances personnelles en raison de la COVID-19 étaient également plus susceptibles d’être en situation d’insécurité alimentaire (28,4 %) que ceux qui travaillaient (10,7 %).15
Les estimations de la prévalence de l’insécurité alimentaire de la SEPC sont probablement prudentes considérant que les études démontrent que les questionnaires utilisant la période de 30 jours ont tendance à signaler un taux d’insécurité alimentaire inférieur à celui des questionnaires de 12 mois. De plus, l’évaluation de l’échantillon de la SEPC a révélé une sous-représentation des groupes connus pour être vulnérables à l’insécurité alimentaire, comme les personnes divorcées/veuves/séparées et celles qui vivent dans des logements locatifs.15
L’insécurité alimentaire est un problème de revenus
L’Ontario utilise l’outil d’enquête du Panier de provisions nutritif (PPN) depuis 1998 pour surveiller le coût et l’abordabilité d’une alimentation saine. Les bureaux de santé publique utilisent l’information de cette enquête dans leurs efforts de sensibilisation et leur actions pour contrer l’insécurité alimentaire.24,25,26 Au fil des ans, différentes versions du panier de provisions ont été utilisées au Canada, reflétant les changements apportés aux recommandations et aux habitudes alimentaires.27 En 2019, Santé Canada a publié une mise à jour du panier à provisions nutritif national.27 Les DSPO et Santé publique Ontario ont utilisé ces informations mises à jour pour développer un nouvel outil de collecte du coût des aliments et un nouveau protocole à l’usage des bureaux de santé publique à partir de 2021.
Les bureaux de santé publique de l’Ontario surveillent le coût d’une alimentation saine et l’abordabilité des aliments en calculant le coût du PPN localement. À l’aide d’un outil d’analyse des coûts développé annuellement par les DSPO, les bureaux de santé publique peuvent comparer le coût mensuel de la nourriture et du logement aux revenus mensuels pour divers scénarios de ménages individuels et familiaux. Ces analyses de coûts illustrent de manière constante et répétée que les ménages dont les revenus proviennent d’un emploi au salaire minimum et de l’assistance sociale ne peuvent pas payer le coût des produits de base, y compris les aliments nutritifs.28,29,30,31,32 Cela fournit des preuves tangibles et concrètes que les personnes vivant dans la pauvreté ont des revenus insuffisants et soutient le mandat d’équité en santé des bureaux de santé publique de l’Ontario et des DSPO.33 Malgré l’obligation, de 1998 à 2017, pour les bureaux de santé publique de soumettre annuellement des données à la province sur le coût des aliments locaux en utilisant le PPN, ces données n’ont pas été utilisées pour informer le développement de politiques provinciales, comme l’établissement d’un taux d’assistance sociale fondé sur des données probantes.
En raison du racisme systémique antinoir, les Canadiens noirs sont plus vulnérables que les Canadiens blancs à l’insécurité alimentaire.
Une analyse continue des données ventilées sur l’insécurité alimentaire et la race, axée sur les Canadiens noirs est nécessaire pour faire du racisme antinoir une partie de la compréhension collective de l’insécurité alimentaire des Canadiens noirs. Donner la priorité au démantèlement de la suprématie blanche et du racisme antinoir est essentiel pour contester la surreprésentation des Canadiens noirs dans les statistiques sur l’insécurité alimentaire.
« Les organisations alimentaires communautaires et les gouvernements chargés de trouver des solutions à l’insécurité alimentaire sont souvent dirigés par des Blancs, ce qui rend ces secteurs plus enclins à des approches inefficaces enracinées dans l’universalisme blanc. De meilleurs moyens doivent être mis à la disposition des Canadiens noirs pour accéder à des postes de direction aux tables de prise de décisions et d’élaboration des politiques, au gouvernement et dans les organisations alimentaires communautaires qui travaillent en étroite collaboration avec les Noirs ».35
Groupes démographiques touchés de manière disproportionnée par l’insécurité alimentaire
Le risque de vivre dans l’insécurité alimentaire varie selon les caractéristiques des ménages. La vulnérabilité est plus élevée parmi les ménages monoparentaux à faible revenu dirigés par une femme avec des enfants de moins de 18 ans, les ménages dont la principale source de revenu est l’assurance-emploi/l’indemnisation des accidentés du travail ou l’assistance sociale, ceux qui vivent dans un logement locatif et certains ménages culturels/groupes raciaux, plus particulièrement les ménages noirs et autochtones.20
Ménages noirs
Une étude de PROOF et FoodShare Toronto a indiqué que les ménages noirs sont plus susceptibles que les ménages blancs d’être en situation d’insécurité alimentaire.34 De même, l’analyse des données du MESAM venant de cinq cycles de l’ESCC, soit de 2005 à 2014, a révélé que 28,4 % des ménages noirs étaient en situation d’insécurité alimentaire comparativement à 10 % des ménages blancs. Les ménages avec enfants étaient encore plus vulnérables : 36,6 % des enfants noirs vivaient dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire, contre 12,4 % des enfants blancs.
Des disparités en matière d’insécurité alimentaire entre les ménages noirs et blancs ont également été constatées en termes de source de revenu pour les personnes âgées (c.-à-d. que les personnes âgées blanches sont plus protégées), de propriété (c.-à-d. les locataires blancs et les propriétaires noirs courent le même risque), et de statut d’immigrant (c.-à-d. les immigrants blancs présentent un risque plus faible alors que le risque est constamment élevé pour les personnes noires, qu’elles soient nées au Canada ou à l’étranger). Le racisme envers les Noirs est le facteur principal déterminant la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des ménages.35
Le problème sous-jacent est « un profond racisme systémique qui alimente l’inégalité raciale des revenus au Canada, condamnant les communautés noires à vivre la lutte débilitante de l’insécurité alimentaire pour les générations à venir ».36
Les DSPO reconnaissent que les taux disproportionnellement élevés d’insécurité alimentaire parmi les ménages autochtones dans et hors des réserves à travers le Canada sont le résultat de la colonisation historique et continue.
L’établissement de relations significatives et un engagement continu avec les peuples, les organisations et les communautés autochtones, suivis d’actions, sont nécessaires pour une collaboration sur les réponses identifiées localement à la sécurité et à la souveraineté alimentaire.42 Les réponses autodéterminées à l’insécurité alimentaire chez les peuples autochtones doivent être respectées40 afin de progresser vers et de soutenir ce que la sécurité et la souveraineté alimentaire signifient pour les peuples autochtones de l’Ontario.
Ménages autochtones
Des études démontrent à maintes reprises que les ménages autochtones au Canada, y compris les Inuits, les Métis et les Premières Nations qui vivent dans les réserves et hors réserve, courent un risque élevé de connaître l’insécurité alimentaire.37,38 Les DSPO reconnaissent que cela est le résultat d’une colonisation historique continue.
Les données de l’ESCC de 2017-2018 indiquent que 28,2 % des ménages canadiens dont un répondant était identifié comme autochtone étaient en situation d’insécurité alimentaire.21 D’autres recherches montrent qu’environ 39 % des ménages vivant dans des réserves en Ontario sont en situation d’insécurité alimentaire.38
Il est important de noter que la mesure de l’ESCC de l’insécurité alimentaire des ménages au Canada est basée sur l’achat d’aliments et ne tient pas compte des pratiques traditionnelles d’approvisionnement alimentaire des Autochtones, comme la pêche, la chasse et la cueillette. Près des trois quarts (73 %) des ménages vivant dans des réserves en Ontario déclarent vouloir inclure davantage d’aliments traditionnels dans leur alimentation.38 Cependant, la colonisation a créé des obstacles à l’accès aux aliments traditionnels. Ces obstacles comprennent le manque de ressources financières, un chasseur ne faisant pas partie du ménage, les réglementations foncières des gouvernements, les industries des ressources naturelles et les impacts environnementaux du changement climatique.38 Il a été bien documenté que les aliments traditionnels et les systèmes alimentaires autochtones contribuent non seulement à la qualité de l’alimentation, mais ont également d’autres avantages culturels importants, tels que la reconnexion à l’identité culturelle, l’autodétermination par le droit de cultiver et de partager sa nourriture, la revitalisation des relations familiales et entre les familles et les communautés autochtones, et plus encore.38,39
Le coût élevé des aliments dans les communautés des Premières Nations doit également être reconnu. Les données recueillies à l’aide du Panier de provisions nutritif national montrent que le coût des aliments dans les communautés des Premières Nations est beaucoup plus élevé que dans les centres urbains. Il peut donc être difficile, voire impossible, pour les ménages à faible revenu des communautés des Premières Nations d’acheter la nourriture dont ils ont besoin.38
Par conséquent, les DSPO reconnaissent respectueusement les impacts de la colonisation sur l’insécurité alimentaire parmi les ménages autochtones en Ontario, et que les réponses incluent, mais vont au-delà, des solutions de revenu. L’autodétermination des peuples autochtones en matière d’insécurité alimentaire et de souveraineté alimentaire doit être respectée et soutenue.40
En 2019, le gouvernement du Canada a reconnu l’importance de systèmes alimentaires autochtones solides et prospères, l’importance de l’alimentation pour la culture et le bien-être autochtones, et son soutien à l’autodétermination alimentaire autochtone dans le cadre de la réconciliation avec les peuples autochtones, avec le lancement de la Politique alimentaire pour le Canada : tout le monde à table.41 Néanmoins, il reste à voir si les valeurs énoncées dans la politique seront respectées et si des progrès seront réalisés dans ces domaines.
Impact de l’insécurité alimentaire sur la santé et l’utilisation des soins de santé tout au long du cycle de vie
Bien que l’insécurité alimentaire soit associée à une vulnérabilité nutritionnelle accrue au Canada43, son impact sur la santé va au-delà de l’alimentation et de la nutrition. Même après un ajustement en fonction de déterminants sociaux de la santé bien établis tels que le revenu et l’éducation, l’insécurité alimentaire a un impact négatif sur le bien-être physique, mental et social et sur l’espérance de vie. L’insécurité alimentaire est un prédicteur robuste de l’utilisation et des coûts des soins de santé, ce qui entraîne des dépenses publiques considérables en soins de santé.
Pré natalité, post natalité et allaitement
Les effets de l’insécurité alimentaire sur la santé sont particulièrement importants pendant la grossesse. Cela est dû aux besoins nutritionnels accrus et aux effets négatifs potentiels du stress et d’une nutrition compromise sur la santé maternelle et infantile.44 En outre, les femmes en situation d’insécurité alimentaire ont une moins bonne santé mentale que la population générale, et cela s’est avéré plus prononcé pendant la grossesse.45 Les risques les plus élevés de mauvaise santé mentale pour les femmes en situation d’insécurité alimentaire, par rapport aux femmes en situation de sécurité alimentaire, ont été constatés avant et pendant la grossesse plutôt qu’après la grossesse, un fait préoccupant compte tenu des impacts négatifs potentiels sur le développement de l’enfant.45
Une étude menée en Ontario en 2020 a examiné le lien entre le statut d’insécurité alimentaire des femmes pendant la grossesse, et les résultats maternels et à la naissance et la santé pendant la petite enfance.46 Alors que l’insécurité alimentaire n’était pas liée aux complications de la grossesse ou aux issues défavorables de l’accouchement, un risque significativement élevé de troubles de santé mentale post-partum a été constaté au cours de la période post-partum de six mois chez les femmes souffrant d’insécurité alimentaire modérée ou grave (26,8 %) par rapport aux femmes sans insécurité alimentaire (13,9 %). Cette constatation était constante même après avoir tenu compte des antécédents de maladie mentale. L’insécurité alimentaire maternelle a également conduit à une plus grande probabilité que les nourrissons soient traités dans un service d’urgence.
Les femmes en situation d’insécurité alimentaire ont tendance à cesser l’allaitement exclusif plus tôt que celles sans insécurité alimentaire.47 La durée de l’allaitement plus courte chez les femmes en situation d’insécurité alimentaire est problématique parce qu’alimenter un nourrisson avec la préparation commerciale pour nourrisson est plus coûteux.47 Des recherches qualitatives suggèrent que les mères en situation d’insécurité alimentaire ont du mal à maintenir un approvisionnement suffisant de préparation commerciale pour nourrissons.47,48
En plus des avantages nutritionnels et sanitaires, l’allaitement peut épargner aux mères souffrant d’insécurité alimentaire le coût élevé des préparations pour nourrissons, libérant ainsi de l’argent pour d’autres nécessités. Une meilleure compréhension des déterminants biopsychosociaux de l’allaitement chez les mères canadiennes en situation d’insécurité alimentaire est nécessaire pour développer des interventions efficaces pour le soi-disant « paradoxe de l’allaitement maternel » – les femmes qui peuvent le moins se permettre d’acheter une préparation commerciale pour nourrissons, et dont les bébés peuvent bénéficier le plus du lait maternel sont les moins susceptibles d’allaiter.49
Les efforts de santé publique doivent continuer à soutenir le bien-être physique, mental et social des femmes enceintes et post-partums économiquement vulnérables. De plus, les programmes et politiques axés sur la population doivent garantir que les femmes enceintes ont accès à des aliments nutritifs.50 Les programmes offrant des compléments de revenu ou des incitations financières aux femmes enceintes et aux nouvelles mères à faible revenu peuvent contribuer à réduire l’insécurité alimentaire des ménages et peuvent ainsi soutenir des pratiques d’alimentation saines pour les nourrissons; cependant, des évaluations de programme sont nécessaires à des fins de confirmation.47,49,51
Les enfants et les jeunes
Les enfants et les adolescents en situation d’insécurité alimentaire sont plus susceptibles d’avoir une moins bonne santé générale, d’être plus à risque de fracture osseuse, de développer des maladies chroniques telles que l’asthme et de développer des problèmes de santé mentale, notamment l’anxiété sociale, les pensées suicidaires et la dépression.52,53,54,55 Les enfants issus de familles souffrant d’insécurité alimentaire sont plus susceptibles de souffrir d’anxiété persistante, de dépression, d’hyperactivité et d’inattention.54 Ils sont également plus susceptibles d’avoir une faible estime de soi et de manquer d’auto-efficacité pour faire des choix de vie sains, comme une bonne alimentation ou l’activité physique.56
Les expériences persistantes de la faim chez les enfants et les jeunes laissent une marque indélébile sur le bien-être des enfants qui a été considérée comme un « facteur de risque modifiable de dépression et d’idées suicidaires connexes à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte ».57 La dépression demeure élevée au fil du temps chez les jeunes en situation d’insécurité alimentaire grave et persistante par rapport à ceux qui n’ont jamais connu ce type d’insécurité alimentaire.58
Les adultes
Les adultes dans les ménages en situation d’insécurité alimentaire auto-évaluent leur santé comme étant plus mauvaise, leur santé mentale et physique plus mauvaise, une santé bucco-dentaire plus mauvaise et un stress accru. Ils sont également plus susceptibles de souffrir de maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension artérielle, le syndrome métabolique, l’hyperlipidémie, l’anxiété et l’insuffisance rénale terminale avec insuffisance rénale chronique, ainsi qu’une mortalité plus élevée.53,59,60,61,62,63,64 Les affections chroniques plus répandues chez les adultes souffrant d’insécurité alimentaire (par exemple, l’hypertension, les maladies cardiaques, le diabète et les maladies pulmonaires) les exposent également à un risque élevé de développer des complications graves de la COVID-19.65 Les maladies chroniques imposent un fardeau important au système de santé, les coûts directs des soins de santé étant estimés à 10,5 milliards de dollars par année en Ontario (estimation de 2010 en dollars de 2018).66
Chez les adultes déclarant une insécurité alimentaire grave, 23,4 % des hommes et 47,1 % des femmes indiquent avoir souffert de troubles de l’humeur ou d’anxiété.59 L’insécurité alimentaire des ménages est également associée à un risque accru de signaler une gamme d’effets néfastes sur la santé mentale, avec des niveaux d’insécurité alimentaire significativement plus élevés liés à un risque plus grand.67 La proportion de répondants qui ont signalé un résultat négatif en matière de santé mentale varie de 5,3 % déclarant une santé mentale mauvaise/passable à 19,7 % affirmant des pensées suicidaires au cours de l’année précédente et 19,9 % des pensées dépressives. Tout aussi préoccupant, les pourcentages sont extrêmement élevés pour les répondants dans les ménages en situation d’insécurité alimentaire grave, allant de 25,5 % déclarant des troubles anxieux à 41,1 % déclarant avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année précédente.67 Même les adultes en situation d’insécurité alimentaire marginale présentent près du double du résultat en matière de santé mentale par rapport aux adultes en situation de sécurité alimentaire.67 En outre, la proportion d’adultes ayant des idées suicidaires augmente considérablement avec l’augmentation de la gravité de l’insécurité alimentaire.68
En raison de ressources financières limitées, les personnes souffrant d’insécurité alimentaire peuvent renoncer à des dépenses essentielles comme les médicaments, ce qui peut compliquer davantage leur bien-être mental et physique.3,69 La relation entre l’insécurité alimentaire et certaines maladies chroniques est bidirectionnelle. En d’autres termes, la gravité de l’insécurité alimentaire rend plus difficile la gestion des soins personnels et des maladies par l’alimentation, ce qui compromet davantage la santé.70,71,72
L’insécurité alimentaire est également fortement associée au fait de devenir un utilisateur coûteux des soins de santé.73 Le total des coûts annuels des soins de santé en Ontario augmente à mesure que la gravité de l’insécurité alimentaire augmente. Ces coûts sont 121 % plus élevés pour les adultes vivant dans les ménages les plus touchés par l’insécurité alimentaire que pour les ménages en sécurité alimentaire.74 De plus, les adultes vivant dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire représentent plus d’une hospitalisation sur trois en raison de problèmes de santé mentale.75
Les associations entre l’insécurité alimentaire, la mauvaise santé et l’utilisation accrue des soins de santé reposent principalement sur des mesures de santé autodéclarées plutôt que cliniques. En revanche, une étude a examiné l’association entre l’insécurité alimentaire et l’utilisation des soins de santé chez les adultes canadiens à l’aide de mesures quantifiables (c.-à-d. hospitalisation en soins de courte durée, chirurgie d’un jour et coûts des soins de courte durée).76 Après un ajustement en fonction des caractéristiques sociodémographiques, l’étude a révélé que la gravité de l’insécurité alimentaire est associée non seulement à une plus grande probabilité d’être hospitalisé en soins de courte durée, mais également à des risques plus élevés de réadmission, à des séjours plus longs et à des dépenses plus élevées une fois hospitalisé.
Cela fait progresser considérablement la compréhension du lien entre l’insécurité alimentaire et les mesures liées à l’hospitalisation et fait de l’insécurité alimentaire un déterminant social indépendant de la santé.76
La mortalité prématurée est la conséquence sur la santé la plus critique de l’insécurité alimentaire. Des recherches canadiennes ont montré que l’insécurité alimentaire grave est systématiquement associée à une mortalité plus élevée pour toutes les causes de décès, à l’exception des cancers.77 L’association est la plus élevée pour les décès dus aux maladies infectieuses et parasitaires, aux blessures non intentionnelles et aux suicides. En moyenne, les adultes en situation d’insécurité alimentaire grave meurent neuf ans plus tôt que ceux en situation de sécurité alimentaire.77
Programmes alimentaires : des réponses inefficaces et contre-productives à l’insécurité alimentaire
Programmes alimentaires caritatifs
La charité alimentaire et les dons de nourriture aux personnes en situation d’insécurité alimentaire sont des pratiques acceptées et valorisées dans de nombreuses cultures. Au Canada, la charité alimentaire comprend une variété de programmes communautaires, tels que des repas gratuits et des banques alimentaires.
Les banques alimentaires sont la principale réponse communautaire à l’insécurité alimentaire. Conçus à l’origine comme des opérations de secours alimentaire temporaires en raison de la récession du début des années 1980, les problèmes de pauvreté et de chômage n’ont pas diminué à mesure que l’économie s’améliorait et l’activité des banques alimentaires a continué de se développer.78 Les banques alimentaires ont évolué et sont devenues un vaste système de distribution alimentaire secondaire basé sur des œuvres caritatives pour les personnes vivant dans la pauvreté. Cependant, la réponse caritative alimentaire est inefficace et a été contre-productive dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.
Inefficacité opérationnelle de la charité alimentaire
Les banques alimentaires fonctionnent sous de nombreuses contraintes. Par exemple, elles comptent sur des dons alimentaires et monétaires irréguliers du public et des entreprises commanditaires. De plus, la demande de nourriture dans les banques alimentaires dépasse toujours l’offre de nourriture disponible. Un équilibre entre l’offre et la demande ne peut être atteint que lorsque la quantité de nourriture fournie par visite et/ou la fréquence des visites est limitée.79,80 Les agences membres de la Daily Bread Food Bank ont identifié comment elles se tirent d’affaire lorsque la demande de nourriture dépasse leurs approvisionnements : 77 % donnent moins de nourriture que d’habitude, 59 % achètent plus de nourriture en raison du manque de dons et 21 % refusent les gens parce qu’il n’y a plus de nourriture.81 Les banques alimentaires et autres programmes alimentaires caritatifs dépendent fortement du travail bénévole et souvent de l’espace donné. La recherche montre que la plupart fonctionnent à pleine capacité, faisant ce qu’ils peuvent pour fournir autant de nourriture que possible à leurs clients; acheminer davantage de surplus alimentaires taxerait davantage un système déjà fragile.79
Inefficacité de la charité alimentaire pour les clients
En raison des limitations de l’offre, les banques alimentaires ne sont généralement pas en mesure de répondre aux préférences des clients, aux restrictions religieuses et aux besoins nutritionnels particuliers liés à la santé.78,80,82,83 L’accès peut être problématique en raison des heures d’ouverture limitées, des longues files d’attente et du manque de transport pour se rendre à une banque alimentaire.82 De plus, l’expérience de l’accès à la charité alimentaire porte atteinte à la dignité des personnes malgré les meilleures intentions des bénévoles et du personnel.82,84 Ces défis peuvent expliquer pourquoi seule une minorité de personnes dans les ménages en situation d’insécurité alimentaire ont recours aux banques alimentaires. Entre avril 2017 et mars 2018, 501 590 personnes, dont 167 000 enfants, ont visité des banques alimentaires en Ontario85; le nombre estimé d’Ontariens qui ont connu l’insécurité alimentaire au cours de cette période dépassait 1,7 million.21
La probabilité que les ménages en situation d’insécurité alimentaire grave utilisent une banque alimentaire n’est que de 20,6 %, juste après la mise en gage/la vente de biens (19,6 %). D’autres stratégies d’adaptation plus probables incluent la demande d’aide financière à des amis ou à la famille (59,1 %), le report de paiements de factures (47,7 %), la demande d’aide à une organisation (29,5 %) et le report d’un paiement de loyer ou d’hypothèque (28 %).88
Malgré les insuffisances inhérentes, les sites Web gouvernementaux, les travailleurs sociaux et les prestataires de soins de santé dirigent régulièrement les personnes en situation d’insécurité alimentaire vers des programmes alimentaires caritatifs. Cette pratique est un exemple de « prescription sociale », une tendance émergente pour orienter et aider les clients à accéder à des services locaux non cliniques, y compris des soutiens communautaires et sociaux.89 Dans les cas où la prescription sociale est envisagée pour les personnes en situation d’insécurité alimentaire, le dépistage et l’intervention sur le revenu constituent la réponse de première ligne appropriée plutôt que l’orientation vers des programmes alimentaires caritatifs et/ou communautaires.90
Inefficacité du détournement des excédents alimentaires vers des œuvres de charité alimentaire
L’utilisation de surplus de nourriture pour nourrir des personnes qui n’ont pas les moyens d’en acheter est profondément problématique et devrait être moralement pénible pour les Canadiens. Bien qu’il offre l’illusion réconfortante d’une réponse gagnante à l’insécurité alimentaire et à la réduction du gaspillage alimentaire, l’excédent alimentaire ne résout pas les problèmes sous-jacents du manque d’argent pour la nourriture ou du dysfonctionnement du système alimentaire dans son ensemble.86
Le détournement des excédents alimentaires vers les banques alimentaires et d’autres programmes alimentaires communautaires contribue peu à réduire le gaspillage alimentaire.d On estime que 58 % de tous les produits entrant dans le système alimentaire canadien sont perdus ou gaspillés, ce qui équivaut à 49,5 milliards de dollars.92 La valeur des aliments distribués par les banques alimentaires au Canada est estimée à 25 millions de dollars93, ce qui représente une proportion insignifiante de la quantité totale d’aliments excédentaires qui ne deviennent pas des déchets alimentaires. Les banques alimentaires sont un débouché courant pour les volumes croissants de surplus de nourriture. En distribuant de la nourriture gaspillée, ils découragent la prise en charge problèmes sous-jacents de surproduction, de cuisson excessive et de surstockage.91
De nombreux acteurs influents, notamment entreprises, défenseurs d’associations caritatives alimentaires, agences environnementales et gouvernements, soutiennent le détournement des excédents alimentaires vers des programmes caritatifs alimentaires. Cela perpétue l’idée que la redistribution des excédents alimentaires s’attaque à l’insécurité alimentaire et au problème du gaspillage alimentaire.91
Influence des entreprises sur la charité alimentaire
Non seulement le secteur des entreprises bénéficie de la réponse des associations caritatives alimentaires, mais il l’influence également. Elles exercent une influence considérable sur les organismes alimentaires caritatifs en siégeant sur les conseils d’administration d’agences locales, provinciales/territoriales et nationales, et en fournissant d’importantes sommes d’argent et des dons de surplus de nourriture.91 Les sociétés d’alimentation et de boissons utilisent les banques alimentaires pour se débarrasser de leurs produits excédentaires, ce qui a servi de base à l’approvisionnement des banques alimentaires depuis leur création.91,94 Ces actions sont souvent présentées comme des initiatives de responsabilité sociale des entreprises (RSE) et un moyen de détourner les excédents alimentaires.91,95
Les initiatives de RSE ont été définies comme « des activités volontaires amorcées par une entreprise pour fonctionner d’une manière économiquement, socialement et écologiquement durable ».96 Les initiatives de RSE peuvent offrir des avantages commerciaux importants, tels que le maintien d’un avantage concurrentiel et l’établissement de relations solides avec les communautés.96 De nombreuses entreprises du secteur alimentaire et des boissons concentrent leurs initiatives de RSE sur le soutien aux organisations caritatives alimentaires.91,95 De plus, l’auto-promotion que font les entreprises de leurs efforts de philanthropie alimentaire et la couverture médiatique associée, renforcent la perception du public selon laquelle la charité alimentaire est une réponse adéquate et efficace à l’insécurité alimentaire.
Problèmes systémiques associés à la charité alimentaire
En plus d’être inefficace pour réduire l’insécurité alimentaire, la charité alimentaire a également été contre-productive pour faire avancer la politique gouvernementale sur ce problème. La croissance de la charité alimentaire a été liée à une réduction des programmes sociaux alors que les gouvernements abandonnent leurs responsabilités antérieures pour le bien-être des citoyens et s’appuient sur les organismes de bienfaisance communautaires pour combler le vide.78,84,97 Cela a été démontré par la réponse du gouvernement canadien à l’insécurité alimentaire pendant la COVID-19. À ce jour, 200 millions de dollars ont été mis à disposition pour financer les banques alimentaires et les organismes alimentaires pour des dépenses telles que l’achat de nourriture et d’équipement, le transport et la distribution de nourriture, ainsi que l’embauche de personnel.98 De plus, 50 millions de dollars ont été investis dans le Programme de récupération des excédents alimentaires99 pour aider à gérer et rediriger les excédents alimentaires existants vers des organisations luttant contre l’insécurité alimentaire afin de s’assurer que les aliments excédentaires ne soient pas gaspillés. L’expansion de la charité alimentaire et la redistribution des excédents alimentaires ne résoudront jamais un problème de revenu existant qui a été considérablement aggravé par une pandémie.
La Déclaration universelle des droits de l’homme, sur laquelle reposent les lois canadiennes sur les droits de la personne, définit les droits fondamentaux de la personne qui doivent être universellement protégés. L’article 25 de la Déclaration stipule que « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé et son bien-être… y compris l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux et les services sociaux nécessaires… »100
Cependant, l’enracinement des banques alimentaires et la perception qu’elles sont une réponse efficace au problème de l’insécurité alimentaire permettent aux gouvernements d’ignorer l’augmentation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire et de ne pas remplir leurs obligations morales, juridiques et politiques, en vertu du droit international, envers le droit à la nourriture.9 Les actions et les politiques du gouvernement de l’Ontario facilitent et renforcent également l’enracinement des programmes alimentaires caritatifs. Par exemple, la Loi sur le don d’aliments exonère les donateurs de toute responsabilité liée à une contamination potentielle des aliments et aux blessures associées qui pourraient résulter de la consommation d’aliments donnés.101 La Loi sur les aliments locaux offre un crédit d’impôt aux agriculteurs pour les dons faits aux programmes alimentaires communautaires, y compris les organismes de bienfaisance alimentaires.102 Selon la Déclaration de principes sur les déchets alimentaires et organiques de l’Ontario103, « la récupération des excédents alimentaires peut se révéler un moyen efficace de réacheminer des aliments comestibles et nutritifs qui autrement n’auraient pas été consommés ». Le Plan d’action pour la gestion des déchets alimentaires et organiques104 identifie un investissement provincial de 600 000 $ pour Second Harveste afin de renforcer la capacité des entreprises à faire don de denrées périssables excédentaires et des organismes de services sociaux pour transporter en toute sécurité des aliments frais et nutritifs à distribuer. Un investissement de plus de 5 millions de dollars pour le Programme de soutien à l’infrastructure pour la redistribution des excédents alimentaires vise à aider les organismes de sauvetage alimentaire, les communautés des Premières Nations et les organisations autochtones de toute la province à obtenir les excédents alimentaires des épiceries, des restaurants, des fermes et d’autres entreprises et à les diriger vers les communautés vulnérables touchées par la COVID-19.105 La Loi ontarienne pour mieux servir la population et faciliter les affaires a introduit un assouplissement des règles et règlements relatifs à l’équipement, à l’infrastructure et à la manipulation des aliments pour les programmes alimentaires communautaires.106 De plus, un document de référence fournit un soutien aux donateurs de nourriture et aux programmes alimentaires communautaires avec des conseils pour donner et distribuer de la nourriture en toute sécurité.107
Les gouvernements négligent leurs obligations envers les membres les plus pauvres de la société et manquent de responsabilité publique lorsque l’insécurité alimentaire est dépolitisée et que les droits sociaux sont abandonnés.91 Lors de la mission de 2012 au Canada, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation a indiqué que le recours aux banques alimentaires est « symptomatique d’un système de protection sociale défaillant », ne servant que de « soupape de sécurité morale » pour l’État.108 Il est très préoccupant que le secteur caritatif aide les gouvernements à abandonner leur responsabilité de fournir des programmes sociaux et à respecter leurs obligations de garantir le respect du droit à l’alimentation des personnes. Le droit à l’alimentation109 fournit un cadre stratégique pour surmonter les obstacles à l’accès à la nourriture en reconnaissant la responsabilité du gouvernement de répondre avec une approche systémique : « Cela élimine la dépendance actuelle vis-à-vis des modèles alimentés par des organisations caritatives comme les banques alimentaires. »36
Programmes de littéracie alimentaire
Les jardins et les cuisines communautaires ainsi que les groupes de cuisine sont des exemples de programmes alimentaires communautaires traditionnellement présentés comme étant des programmes de « sécurité alimentaire ». Le positionnement de ces types de programmes alimentaires communautaires en tant que réponse à l’insécurité alimentaire des ménages perpétue l’idée fausse selon laquelle l’amélioration des connaissances alimentaires et des compétences budgétaires peut atténuer l’insécurité alimentaire. Au contraire, il est prouvé que les compétences alimentaires, une composante de la littératie alimentaire110, ne diffèrent pas de manière significative selon le statut d’insécurité alimentaire des ménages111 ou selon le statut d’emploi.112
Les ménages vivant l’insécurité alimentaire sont plus susceptibles de recourir à des budgets alimentaires111 et ont fait preuve d’ingéniosité dans l’application de stratégies visant à mieux utiliser un budget alimentaire limité.113 Bien que ces données suggèrent que les populations qui vivent l’insécurité alimentaire ont des connaissances alimentaires similaires à celles des populations en situation de sécurité alimentaire, l’insécurité alimentaire peut être un obstacle à la démonstration des compétences en matière de connaissances alimentaires.114 Comme l’indique une étude, « bien que ces initiatives puissent offrir certains avantages à leurs participants, des recherches préliminaires suggèrent que toute solution alimentaire à un problème lié au revenu aura une portée limitée pour les ménages en situation d’insécurité alimentaire et un impact limité sur l’expérience des participants en matière de d’insécurité alimentaire du ménage. »115 De même, une autre étude a révélé que 43,5 % des ménages en situation de sécurité alimentaire utilisaient des jardins familiaux ou communautaires, tandis que seulement 29,4 % des adultes des ménages en situation d’insécurité alimentaire les utilisaient.111
Bien que ces types de programmes alimentaires communautaires puissent aider à soutenir certains aspects de la littératie alimentaire, tels que l’accès à la nourriture, la connaissance des aliments, l’auto-efficacité culinaire et les comportements alimentaires,110 les preuves montrent qu’ils n’améliorent pas l’insécurité alimentaire des ménages.116,117 La littératie alimentaire aide les gens à maximiser les ressources limitées, mais ce n’est pas la solution de revenu nécessaire pour lutter contre l’insécurité alimentaire des ménages. Cela a conduit les experts à suggérer que les programmes alimentaires communautaires soient positionnés comme des « programmes de littéracie alimentaire » plutôt que comme des « programmes d’insécurité alimentaire ».116,118
La réduction de l’insécurité alimentaire grâce à des politiques qui améliorent le revenu des ménages
Augmentation des taux d’assistance sociale
Partout au Canada, les bénéficiaires de l’assistance sociale sont particulièrement vulnérables à l’insécurité alimentaire.119 En 2017-2018, 59,0 % des ménages ontariens qui dépendent de l’assistance sociale – Ontario au travail (OT) ou le Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) – étaient en insécurité alimentaire.21 La surveillance de l’abordabilité des aliments que font les bureaux de santé publique de l’Ontario démontre clairement l’insuffisance des taux d’OT et du POSPH, en particulier pour les adultes seuls sans enfants.28,29,30,31,32
Une réduction notable de la prévalence de l’insécurité alimentaire a été obtenue à Terre-Neuve-et-Labrador lorsque des réformes politiques de l’assistance sociale ont été introduites en 2006 dans les ménages qui en recevaient (de 59,9 % en 2007 à 33,5 % en 2012) avec la mise en œuvre de diverses interventions liées au revenu, telles que :120
- augmentation des paiements de soutien du revenu de 5 % en 2006
- indexation des paiements de soutien du revenu à l’inflation au cours des années suivantes
- augmentation des exemptions de revenus
- augmentation des limites d’actifs liquides
Le rapport d’un groupe d’experts, Sécurité du revenu : Feuille de route pour le changement, publié en novembre 2017, a formulé plusieurs recommandations visant à améliorer l’assistance sociale et le système de sécurité du revenu en général en Ontario.121 Bien qu’aucune des recommandations du rapport ne cible spécifiquement le problème de l’insécurité alimentaire, l’établissement d’une norme de revenu minimum (à atteindre sur une période de dix ans) permettrait de régler efficacement le problème de l’insécurité alimentaire. Une norme de revenu minimum fournirait « suffisamment de ressources pour couvrir les coûts essentiels de la vie tels que le logement, les aliments nutritifs, le transport, les coûts liés à un handicap et autres nécessités, afin que les gens puissent éviter la pauvreté, protéger leur bien-être et se concentrer sur les objectifs d’emploi et d’inclusion sociale ».121
La mise en œuvre des réformes de l’assistance sociale en Ontario annoncées au début de 2018122, basées sur les recommandations de la Feuille de route, a été interrompue après l’élection du nouveau gouvernement en Ontario en juin 2018.123 En novembre 2018, le gouvernement de l’Ontario a annoncé plusieurs changements aux programmes d’assistance sociale.124 Cependant, bon nombre des modifications proposées ont par la suite été annulées ou reportées.125 Une annonce concernant la réforme de l’assistance sociale en Ontario a été faite en septembre 2020, mais sans détails sur la manière et le moment où les changements seront mis en œuvre.126
Le projet de loi 60, qui prévoit la création d’une commission de recherche sur l’assistance sociale, a été présenté à la fin de 2018. La commission formulerait des recommandations sur les taux et les politiques d’assistance sociale et comprendrait des membres ayant une expertise en matière de politique socioéconomique et de recherche liée à la pauvreté, du coût de la vie en Ontario et des défis auxquels sont confrontés les membres des groupes vulnérables vivant dans la pauvreté. En mai 2019, le projet de loi 60 a été adopté en deuxième lecture et a été renvoyé au Comité permanent de l’Assemblée législative, mais à ce jour, aucune audience sur le projet de loi n’a eu lieu.127 En réponse à une consultation sur l’élaboration de la prochaine stratégie de réduction de la pauvreté de l’Ontario, les DSPO ont recommandé d’augmenter les taux d’assistance sociale en fonction du coût de la vie pour les nécessités dans des régions définies de l’Ontario grâce à la création d’une commission de recherche sur l’assistance sociale, comme le propose le projet de loi 60.128
Parce que leurs revenus sont si faibles, les personnes bénéficiant de l’assistance sociale ont subi des impacts plus importants en raison de la pandémie de COVID-19. Le gouvernement de l’Ontario a rendu disponible des ressources supplémentaires pour permettre aux travailleurs sociaux d’OT et du POSPH de fournir des prestations discrétionnaires pour des besoins tels que les produits de nettoyage, le transport, la nourriture ou les vêtements.129 Cependant, une grande partie des bénéficiaires de l’assistance sociale se sont vu refuser les prestations ou ne les ont pas reçues parce qu’ils n’ont pas pu joindre un travailleur social ou qu’ils n’étaient pas au courant des prestations.130
Mise en œuvre d’un revenu de base garanti
L’Énoncé de position sur les réponses à l’insécurité alimentaire de 20151, a présenté des éléments probants et une justification de la mise en œuvre d’un revenu de base garanti (RBG) comme une réponse politique efficace à la pauvreté et à l’insécurité alimentaire. Les gouvernements fédéral et provinciaux/territoriaux ont été appelés à étudier cette politique.1 Depuis 2015, la sensibilisation et le soutien au concept d’un RBG pour les Canadiens en âge de travailler ont suscité une attention considérable. Plusieurs rapports et livres clés sur ce sujet ont été publiés au Canada au cours des dernières années.132,133,134,135
Les preuves à l’appui du potentiel d’un RBG pour réduire la prévalence et la gravité de l’insécurité alimentaire des ménages sont présentées dans Implications of a Basic Income Guarantee for Household Food Insecurity, un document de recherche préparé pour l’Institut des politiques du Nord.137 Les preuves les plus directes proviennent de recherches sur les personnes âgées seules à faible revenu qui, après l’âge de 65 ans, ont la moitié du taux d’insécurité alimentaire par rapport aux personnes de moins de 65 ans. Cela est dû à la Sécurité de la vieillesse et au Supplément de revenu garanti (une forme de revenu de base) qu’ils reçoivent par l’intermédiaire du système public de pensions du Canada.138 Étendre un revenu garanti à tous les Canadiens en âge de travailler par le biais d’un RBG pourrait s’avérer une stratégie efficace pour réduire considérablement la pauvreté et l’insécurité alimentaire.138
Des preuves supplémentaires de l’efficacité potentielle des suppléments de revenu modestes sur la réduction de la prévalence de l’insécurité alimentaire proviennent d’une étude utilisant des données de 2005 à 2014. L’étude a évalué les changements dans l’insécurité alimentaire des ménages en Ontario après l’introduction en 2007 de la Prestation ontarienne pour enfants et la mise en œuvre en 2008 de la première stratégie ontarienne de réduction de la pauvreté. Bien que la prévalence provinciale de l’insécurité alimentaire soit demeurée relativement stable au cours de la période à l’étude, l’insécurité alimentaire a considérablement diminué chez les familles qui ont reçu la Prestation ontarienne pour enfants en 2009-2010 et en 2011-2012 par rapport à 2005.139
À la suite de l’introduction de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) en 2016, le taux d’insécurité alimentaire grave a chuté d’un tiers chez les familles à faible revenu, ce qui prouve une fois de plus que l’amélioration des revenus des ménages réduit efficacement l’insécurité alimentaire.140 Alors que l’ACE n’a eu qu’un effet mineur sur l’insécurité alimentaire dans son ensemble, elle a profité de manière disproportionnée aux familles les plus exposées à l’insécurité alimentaire.140 D’autres recherches ont démontré que les suppléments de revenu offerts aux familles ayant les revenus les plus faibles leur permettent de dépenser davantage pour des nécessités comme la nourriture.141
Une étude pilote de trois ans visant à tester un programme de revenu de base en Ontario a débuté en avril 2017. La première phase d’inscription des participants s’est achevée en avril 2018, avec une pleine participation aux groupes d’étude et de contrôle dans trois sites pilotes.142
Les enquêtes auprès des participants à différents moments de l’étude ont été conçues pour mesurer les changements dans des indicateurs tels que la sécurité alimentaire des ménages, la santé mentale, l’utilisation des soins de santé, la stabilité du logement, l’éducation et la formation, ainsi que l’emploi et la participation au marché du travail.142 Avec l’élection d’un nouveau gouvernement provincial en juin 2018, le projet pilote a pris fin prématurément et aucune donnée n’a été recueillie auprès des participants au-delà de l’enquête de référence menée pendant la période d’inscription. Une analyse préliminaire des données de base publiées en juillet 2018 a révélé que 70 % ou plus des participants à l’étude pilote ont signalé une insécurité alimentaire modérée ou grave.143
Un sondage préparé par le Réseau canadien pour le revenu garanti (RCRG) a été distribué entre décembre 2018 et la mi-janvier 2019 aux participants ontariens à l’étude pilote qui, lorsqu’ils ont signé une pétition pour sauver le projet pilote, ont accepté d’être contactés dans le futur. Un rapport sur les résultats de cette enquête a révélé que 28 % des 424 répondants ont cessé d’utiliser les banques alimentaires, 55 % ont acheté des aliments qu’ils ne pouvaient habituellement pas se permettre et 74 % ont fait des choix alimentaires sains. Moins de 10 % des répondants n’ont signalé aucun changement lié à l’insécurité alimentaire.144
Une étude menée par l’Université McMaster auprès de participants de l’un des trois sites pilotes en Ontario a montré que l’insécurité alimentaire avait nettement diminué pour la plupart des répondants, presque tous déclarant pouvoir prendre des repas réguliers.145 L’utilisation des banques alimentaires a également diminué considérablement pour ceux qui les utilisaient avant l’étude pilote. De plus, la plupart des répondants ont signalé une amélioration de leur alimentation et une augmentation de la fréquence de consommation de légumes et de fruits au cours de l’étude pilote.145
En 2018, le directeur parlementaire du budget (DPB) a estimé le coût annuel brut de l’expansion du programme pilote ontarien du revenu de base sur une période de cinq ans pour tous les Canadiens en âge de travailler (18 à 64 ans).146 Un rapport du RBRG, Revenu de base : quelques options stratégiques pour le Canada147, publié au début de 2020, présentait trois options pour structurer et financer un revenu de base fondé sur une prestation de 22 000 $ par année et par individu. Les coûts nets dans ces estimations varient selon les programmes actuels qui restent en place et ceux qui sont remplacés par un programme de revenu de base.
Peu de temps après que l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la COVID-19 une pandémie mondiale le 11 mars 2020, le gouvernement du Canada a mis en œuvre des programmes d’aide économique, notamment la Prestation canadienne d’urgence (PCU). La PCU a fourni une prestation imposable de 2 000 $ toutes les quatre semaines pour un maximum de 28 semaines aux travailleurs admissibles qui ont cessé de travailler ou dont les heures de travail ont été réduites en raison de la COVID-19.148 Alors que la PCU a servi de palliatif important et a fourni un soulagement économique à de nombreux Canadiens au début de la pandémie, tous les travailleurs n’étaient pas admissibles.130
Au cours des premiers mois de la pandémie, plusieurs groupes, dont les DSPO149 et l’Alliance pour la prévention des maladies chroniques au Canada150, ont demandé au gouvernement canadien d’introduire un programme de revenu de base pour les Canadiens en âge de travailler. De plus, 50 membres du Sénat du Canada de toutes les affiliations et régions ont écrit une lettre au premier ministre, au vice-premier ministre et au ministre des Finances, encourageant « la restructuration de la PCU pour assurer une plus grande équité sociale et économique ainsi qu’une plus grande efficacité ».151 Un mémoire préparé par le RCRG au Comité permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie pour prendre en charge les impacts socio-économiques de la COVID-19 comprenait la recommandation « que le gouvernement fédéral établisse un revenu de base garanti pour les 18 à 64 ans comparable au montant mensuel de 2 000 $ de la PCU… »152
En juillet 2020, le Comité sénatorial permanent des finances nationales a publié un rapport provisoire, COVID-19 : Du soutien en temps de crise.153 Le rapport a formulé 16 recommandations, notamment « que le gouvernement du Canada, de concert avec les provinces, les territoires et les gouvernements autochtones, envisage de façon exhaustive, juste et prioritaire l’instauration d’un revenu de base garanti ». De plus, une motion soumise à la Chambre des communes par la députée Leah Gazan en août 2020 appelait le gouvernement à convertir la PCU en un revenu de base permanent garanti.154 Au même moment, le directeur parlementaire du budget a publié un rapport sur le coût estimatif d’un programme de revenu de base pendant la pandémie de COVID-19 pour garantir que tous les Canadiens en âge de travailler aient un revenu pour les six derniers mois de l’exercice 2020-2021.155
Malgré les spéculations sur l’annonce en septembre 2020 d’un programme national de revenu de base, le gouvernement fédéral a plutôt annoncé une transition de la PCU vers un programme d’assurance-emploi (AE) flexible et plus accessible, ainsi que trois nouvelles prestations de relance temporaires pour soutenir les Canadiens incapables de travailler pour des raisons liées à la COVID-19.156
Un rapport de l’Institut Broadbent157 souligne que la transition de la PCU vers un revenu de base n’est pas simple étant donné que la PCU a été conçue pour stabiliser le revenu des travailleurs et non pour lutter contre la pauvreté parmi ceux qui luttaient déjà avant la pandémie. Il soutient qu’une transition d’un programme tel que la PCU vers un programme de revenu de base progressif nécessiterait un examen approfondi des politiques et programmes actuels pour déterminer ce qui fonctionne bien, ce qui pourrait être corrigé et ce qui devrait être remplacé.157
Le rapport, Un revenu de base fédéral dans le plan d’action pour la relance économique de l’après-COVID-19158, plaide en faveur d’une « relance économique inclusive » où la pauvreté est efficacement combattue. Les auteurs recommandent l’instauration d’un RBG se rapprochant de la Mesure du panier de consommationg, lequel serait payé mensuellement aux résidents du Canada âgés de 18 à 64 ans. Selon cette proposition, les personnes sans revenu recevraient la totalité de la prestation et celles qui ont des sources de revenus recevraient la prestation réduite en proportion de leurs autres revenus. À ce jour, aucune mesure n’a été prise pour établir un programme fédéral de revenu de base.
Des emplois avec des salaires et des avantages décents
En 2017-2018, 63 % des ménages en situation d’insécurité alimentaire au Canada ont déclaré un emploi comme principale source de revenu.21 La forte prévalence de l’insécurité alimentaire des ménages parmi la population active est fonction des emplois précaires et peu rémunérés et des ménages à revenu unique composés de plusieurs personnes.137
Les résultats d’une étude sur l’insécurité alimentaire au sein de la population active canadienne ont montré que les ménages qui travaillent et qui connaissent l’insécurité alimentaire sont plus susceptibles d’inclure des personnes qui déclarent avoir plusieurs emplois et un stress professionnel plus élevé.159 De plus, les travailleurs qui sont membres de groupes de minorités visibles ayant des niveaux de scolarité comparables connaissent des taux d’insécurité alimentaire plus élevés que les travailleurs qui n’appartiennent pas à des minorités visibles.159
Le salaire minimum est le taux horaire minimum que tous les employeurs doivent payer aux employés et est fixé par le gouvernement provincial.160 En vertu de la Loi de 2017 pour l’équité en milieu de travail et de meilleurs emplois de l’Ontario, le salaire minimum général, le taux qui s’applique à la plupart des employés, est passé de 11,60 $ à 14 $ le 1er janvier 2018.161 Le salaire minimum devait augmenter à 15 $ le 1er janvier 2019, mais a été abrogé par la Loi de 2018 pour un Ontario ouvert aux affaires, qui a gelé le salaire minimum au moins jusqu’en octobre 2020.162 Depuis le 1er octobre 2020, le salaire minimum est passé à 14,25 $ de l’heure.163 Cependant, même l’adoption d’un salaire minimum de 15 $ ne suffira pas à atteindre le niveau de revenu requis pour couvrir les besoins de base.137
Contrairement au salaire minimum, un salaire décent est le taux horaire que les travailleurs doivent gagner pour couvrir leurs dépenses de base et participer à leur communauté. Un salaire décent offre aux individus et aux familles un niveau de sécurité économique de base. Les communautés de l’ensemble de l’Ontario utilisent un cadre national pour calculer leur salaire décent local.164 En novembre 2019, 20 communautés de l’Ontario ont annoncé le salaire décent pour 2019, allant de 16,20 $ l’heure à London à 22,08 $ à Toronto.165 Le salaire décent démontre une rémunération équitable pour les employés et l’insuffisance de l’emploi au salaire minimum.
De nouvelles preuves montrent une association significative entre des salaires minimums plus élevés au niveau provincial et une probabilité plus faible d’insécurité alimentaire.166 En réponse à la consultation sur la prochaine stratégie ontarienne de réduction de la pauvreté, les DSPO ont recommandé d’augmenter le salaire minimum à 15 $ l’heure.128
Le logement abordable
Les coûts de logement peuvent exercer une pression importante sur les ressources disponibles pour l’achat de nourriture dans les ménages à faible revenu. Le coût du logement, généralement la plus grande proportion des dépenses mensuelles de subsistance, est généralement fixe et inélastique. À l’inverse, les dépenses pour la nourriture et autres nécessités sont plus élastiques et peuvent être ajustées en fonction des ressources financières disponibles.
Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement, un logement est considéré comme « abordable » s’il représente moins de 30 % du revenu avant impôt d’un ménage.167 Le logement abordable peut comprendre les logements fournis par les secteurs privé, public et à but non lucratif, ainsi que toutes les formes d’occupation du logement (c.-à-d. location, propriété et copropriété).167 Les paliers de gouvernement fédéral, provinciaux/territoriaux et municipaux/régionaux du Canada participent tous à des programmes de logement social qui visent à rendre le logement plus abordable pour les ménages à faible revenu.168 Une stratégie de renouvellement du logement communautaire a été introduite en Ontario en 2019, dans le but de stabiliser et de développer le logement communautaire dans toute la province.169
La notion selon laquelle le logement abordable peut atténuer l’insécurité alimentaire des ménages à faible revenu en libérant des revenus pour la nourriture n’a pas été étayée et remet en question la définition de logement abordable.170 Des études canadiennes qui ont évalué l’état d’insécurité alimentaire parmi les résidents de logements sociaux ont révélé une vulnérabilité inquiétante à l’insécurité alimentaire.171,172 Même lorsque le logement social est disponible pour les ménages à faible revenu, la proportion du revenu disponible après la prise en compte de toutes les dépenses liées au logement (par exemple, les services publics, le stationnement) n’est pas suffisante pour assurer assez de ressources pour l’alimentation.
Pourtant, l’accès à un logement à un coût pouvant être pris en compte dans le cadre des dépenses essentielles du ménage est important. En outre, le logement abordable doit s’accompagner d’interventions fondées sur le revenu, notamment une assistance sociale adéquate, un salaire minimum, des taux de retraite et d’allocations familiales, ainsi que la mise en œuvre d’un RBG pour se protéger contre l’insécurité alimentaire.170,171,172 L’objectif de la Stratégie nationale sur le logement (SNL)i est de veiller à ce que les Canadiens aient accès à un logement qui répond à leurs besoins et qu’ils puissent se permettre. Cette stratégie offre une occasion unique de mieux intégrer les politiques de logement et les politiques axées sur le revenu pour atténuer l’insécurité alimentaire chez les résidents des logements sociaux.172
Conclusion
Les preuves présentées dans cet énoncé de position démontrent que les programmes alimentaires caritatifs sont enracinés et soutenus par les investissements des communautés, des entreprises et du gouvernement, bien qu’ils soient des réponses inefficaces et contre-productives à l’insécurité alimentaire. En revanche, les interventions politiques qui améliorent la situation financière des ménages à très faible revenu peuvent réduire considérablement l’insécurité alimentaire des ménages. Pourtant, les taux de prévalence de l’insécurité alimentaire continuent d’augmenter et se sont sans aucun doute aggravés avec le ralentissement économique dû à la pandémie de COVID-19. Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent s’approprier ce problème en fixant des cibles pour réduire l’insécurité alimentaire et rendre compte régulièrement des progrès accomplis vers sa réduction. Pour atteindre cet objectif, il faut surveiller le problème en mesurant régulièrement la prévalence et la gravité de l’insécurité alimentaire aux niveaux national et provincial.
Recommandations
Les recommandations suivantes sont basées sur la discussion et les preuves présentées. Les DSPO encouragent leurs membres, les bureaux de santé de l’Ontario, leurs partenaires nationaux, provinciaux et locaux à se joindre à nous pour défendre ces recommandations. Ces recommandations ne sont pas exhaustives; nous reconnaissons que bien davantage peut être fait à tous les niveaux pour lutter contre l’insécurité alimentaire.
Gouvernement fédéral
- S’engager à mesurer, analyser et rendre compte régulièrement de la prévalence et la gravité de l’insécurité alimentaire dans toutes les provinces et territoires en temps opportun. Ce processus devrait comprendre une analyse continue des données ventilées sur l’insécurité alimentaire fondées sur la race, y compris les Canadiens autochtones et noirs.
- Établir des cibles pour la réduction de l’insécurité alimentaire des ménages et rendre compte régulièrement des progrès accomplis dans le cadre d’Une chance pour tous : la première Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté.
- Mettre en œuvre des interventions politiques qui se sont avérées efficaces pour réduire l’insécurité alimentaire, comme l’expansion de l’Allocation canadienne pour enfants, et instaurer un revenu de base garanti pour les Canadiens âgés de 18 à 64 ans dans le cadre d’Une chance pour tous : la première Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté.
- Élaborer une nouvelle définition de « logement abordable » qui n’est pas basée sur un pourcentage du revenu total et qui tienne compte des autres coûts de base de la vie.
- Respecter son engagement à soutenir la sécurité alimentaire dans les communautés du Nord et autochtones dans le cadre de la Politique alimentaire pour le Canada, en mettant l’accent sur l’autodétermination alimentaire et la réconciliation comme principes directeurs.
Gouvernement des Premières Nations
- Plaider et attirer l’attention sur les besoins et les atouts qu’identifient les Premières Nations en matière d’insécurité alimentaire et de systèmes alimentaires.
- Mettre en œuvre une orientation stratégique dirigée par les Premières Nations en matière d’insécurité alimentaire et de systèmes alimentaires, laquelle intègre une vision de la réduction de la pauvreté.
- Demander le soutien ou la collaboration, selon le cas, d’autres organismes communautaires partenaires, y compris les bureaux de santé publique.
Gouvernement provincial
- Préparer un rapport sur les résultats de la consultation sur la stratégie de réduction de la pauvreté qui s’est clôturée le 30 avril 2020.
- Élaborer une stratégie de réduction de la pauvreté comprenant des objectifs de réduction de l’insécurité alimentaire ainsi que des interventions politiques qui améliorent la situation financière des ménages à très faible revenu.
- Établir un salaire minimum qui correspond plus étroitement au coût de la vie en Ontario.
- Établir une commission de recherche sur l’assistance sociale, comme le recommande le projet de loi 60, pour déterminer les taux d’assistance sociale fondés sur des données probantes dans les collectivités de la province en fonction du coût de la vie local/régional, y compris le coût de la nourriture tel que déterminé dans les données recueillies par les bureaux de santé publique.
Gouvernements municipaux et partenaires communautaires locaux
- Plaider en faveur de politiques et programmes fédéraux et provinciaux pour assurer un revenu adéquat pour tous les Canadiens.
- Faciliter des initiatives au niveau local qui augmentent la résilience économique des personnes/familles à très faibles revenus et des groupes victimes de racisme systémique (c’est-à-dire les Noirs, les Autochtones et les personnes de couleur), telles que l’aide gratuite pour remplir la déclaration de revenus, un soutien ciblé pour l’accès et la formation pour des emplois avec des salaires et des avantages décents.
Bureaux de santé publique
- Surveiller et rendre compte de la prévalence (provinciale et régionale ou locale, si possible), et de la gravité de l’insécurité alimentaire, son impact sur la santé et ses causes profondes, et les interventions efficaces visant à sensibiliser et à faire connaître le problème en plus de soutenir l’action.
- Encourager et permettre à l’ensemble du personnel des bureaux de santé publique et des membres de leur conseil d’administration de participer à des activités de sensibilisation, d’éducation et de formation sur les causes et les implications du racisme structurel et les stratégies de démantèlement des systèmes racistes.
- Collaborer avec les partenaires communautaires de divers secteurs, en particulier les communautés racialisées et les organisations qui luttent contre l’oppression dans les communautés racialisées, afin de déterminer les priorités d’action locales pour lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté.
- Soutenir la formation sur la sécurité culturelle autochtone offerte sur une base continue afin de favoriser la sensibilisation, l’autoréflexion et l’apprentissage continus parmi l’ensemble du personnel des bureaux de santé publique et des membres de leur conseil d’administration.
- S’engager de manière significative avec les communautés et organisations autochtones locales pour comprendre ce que signifient pour elles la sécurité et la souveraineté alimentaire, se renseigner sur les divers atouts et besoins locaux, et prioriser le soutien et la collaboration autour d’initiatives liées à l’alimentation menées par les autochtones, tout en respectant l’autodétermination de chaque communauté et organisation.