La présente ressource fournit des conseils pratiques à tous/toutes les prestataires de soins de santé sur la manière de limiter les méfaits, de traiter les patient(e)s de toutes tailles avec respect et compassion et de leur offrir des soins équitables.
Quelle est la nature du problème?
La stigmatisation liée au poids comprend notamment les croyances négatives, les stéréotypes et les pratiques discriminatoires qui dévalorisent, oppriment et excluent les personnes au corps plus large. La stigmatisation liée au poids est largement répandue dans notre société. Les normes sociétales actuelles perpétuent cette stigmatisation en associant la minceur à la vertu, à la santé et à la beauté, et en dévalorisant les corps qui ne correspondent pas à l’image « idéale » de la santé. La stigmatisation liée au poids a des effets négatifs sur la santé sociale, psychologique et physique et peut entraîner une discrimination à l’encontre des personnes au corps plus large dans tous les aspects de la vie, y compris dans le domaine des soins de santé. Cette stigmatisation peut même, sans le savoir, affecter notre bien-être personnel et professionnel, nos croyances, notre jugement clinique, nos pratiques et nos interactions avec les patient(e)s.
Quels sont les effets de la stigmatisation liée au poids sur les patient(e)s?
De nombreuses conséquences négatives généralement associées au poids (p. ex. maladies cardiaques, taux élevé d’hémoglobine glyquée [HbA1c]) peuvent être partiellement attribuées aux effets émotionnels, psychologiques et comportementaux de la stigmatisation liée au poids. 1 L’absence de prise en compte de cette stigmatisation et de ses effets perpétue les conséquences négatives sur la santé, comme le décrit le « cycle de la stigmatisation » (Mercedes & Kriete)² ci-dessous.
Quels sont les effets de la stigmatisation liée au poids sur les patient(e)s?
- Chaise ou chemise qui ne convient pas au corps du/de la patient(e) dans le cabinet du/de la docteur(e)
- Refus d’une opération au genou pour une meilleure qualité de vie sans perte de poids
- Symptômes attribués au poids sans explorer d’autres causes possibles
- Idées préconçues sur l’alimentation ou le niveau d’activité selon le poids
- Retard dans le diagnostic et le traitement d’un cancer en raison des symptômes blâmés sur le poids
- Visites ou examens retardés parce que le/la patient(e) ne se sent pas écouté(e) ou respecté(e)
- Utilisation de l’indice de masse corporelle (IMC) comme seule mesure de risques pour la santé
Que pouvez-vous faire?
Une approche inclusive à l’égard du poids reconnaît que la diversité des tailles est une réalité naturelle chez les êtres humains. Une telle approche rejette l’idéalisation et la pathologisation de certains poids et reconnaît que l’IMC et le poids ne sont pas des mesures fiables de la santé. Dans l’ensemble, une approche inclusive à l’égard du poids vise à prendre en considération l’effet de tous les aspects de la vie d’un(e) patient(e) sur sa santé et à fournir des soins compatissants, objectifs et équitables pour toute personne.
Réfléchir à ses propres attitudes, croyances et préjugés
- Nous vivons dans une culture centrée sur le poids et nous avons tous/toutes des préjugés conscients et inconscients sur le poids. Lorsque vous soignez un(e) patient(e) au corps plus large, demandez-vous ceci: « Quels soins est-ce que je proposerais si une personne au corps moins large présentait le même problème de santé? ».
Tenir compte de l’impact de votre langage
- Des termes tels que « excès de poids » et « obésité » pathologisent les corps plus larges et renforcent la stigmatisation. Utilisez des termes neutres qui ne sont pas stigmatisants, tels que « poids plus élevé » ou « corps plus large ».
Reconnaître les limites de l’IMC et contester son utilisation généralisée
- L’utilisation de l’IMC pour évaluer la santé individuelle devrait être revue et remplacée par des indicateurs plus précis de l’état de santé ou du risque (p. ex. marqueurs biochimiques de la maladie et les comportements en matière de santé).
- Si l’IMC est utilisé, utilisez une valeur numérique de l’IMC plutôt que des étiquettes de catégories (p. ex. le/la patient(e) a un IMC de 60 kg/m2, plutôt qu’une « obésité morbide »).
Se renseigner sur la science du poids
- Il est essentiel de comprendre la science du poids pour réduire la stigmatisation liée au poids et fournir des soins équitables. Pour en savoir plus, consultez la ressource Soins de santé sans méfaits : Document d’information sur la science du poids.
Veiller à ce que l’accès au traitement ne dépende pas de la taille du corps
- Offrez des soins aux patient(e)s, peu importe la taille.
- Pensez-y deux fois avant de recommander une perte de poids avant le traitement. Reconnaissez les risques associés aux diètes amaigrissantes (p. ex. malnutrition, perte de masse musculaire, troubles alimentaires) ainsi que leurs répercussions sur les résultats du traitement.
- Remettez en question les directives de l’IMC qui limitent l’accès aux traitements en fonction du poids et demandez-vous si ces directives sont appropriées et réellement fondées sur des données probantes.
Repenser le moment et la manière de peser les patient(e)s
- Ne pesez les patient(e)s que lorsque c’est médicalement nécessaire (p. ex. dosage de médicaments). La pesée n’est pas nécessaire à chaque visite.
- Demandez le consentement des patient(e)s avant de les peser. Prévoyez un espace privé pour la pesée des patient(e)s. Retournez l’écran de la balance ou demandez aux patient(e)s de se tourner sur le côté ou vers l’avant de la balance afin qu’ils/elles n’aient pas à voir le nombre.
- Ne faites pas de commentaires sur le poids d’un(e) patient(e) lors de la pesée.
Contribuer à la création d’espaces pour les personnes de toute taille
- Soutenez la nécessité d’améliorer l’accessibilité de vos installations et de votre équipement pour les personnes de toute taille (p. ex. chaises, tables d’examen, toilettes, brassards de pression artérielle, chemises). Utilisez cette liste de vérification comme guide (en anglais seulement).
- Discutez avec votre équipe de la possibilité de retirer le matériel qui valorise les idéaux de minceur (p. ex. magazines, publicités pour la perte de poids ou les diètes) et de les remplacer par du matériel qui présente des images positives d’un groupe diversifié de personnes avec différents corps.
Examiner comment les systèmes et les structures créent des iniquités en matière de santé
- Reconnaissez les répercussions des déterminants sociaux de la santé sur les cas de vos patient(e)s (p. ex. le revenu, l’éducation, les communautés sûres).
- Réfléchissez aux obstacles structurels aux soins de santé pour les patient(e)s au corps plus large (p. ex. l’accessibilité des appareils d’imagerie par résonance magnétique).
- Améliorez les compétences nécessaires pour réaliser des procédures et offrir un soutien aux patient(e)s au corps plus large
Soutenir les comportements individuels en matière de santé
- Posez des questions sur le mode de vie de tous/toutes les patient(e)s, puisque les habitudes de vie telles que l’activité, l’alimentation, le tabagisme, l’alcool, le sommeil, etc. ont une incidence sur la santé des personnes de toute taille.
- Selon la situation du/de la patient(e) et de sa volonté de changer, posez-lui des questions sur les changements qu’il/elle a effectués dans le passé pour améliorer sa santé, sur ce qu’il/elle est prêt(e) à essayer, et discutez avec lui/elle de comportements réalistes et réalisables pour une meilleure santé, tels que manger une variété d’aliments, dormir suffisamment et trouver des moyens agréables de bouger son corps, plutôt que de viser une perte de poids.
- Tenez compte des répercussions de la situation du/de la patient(e), par exemple s’il/si elle est en situation d’insécurité alimentaire, sur sa capacité à modifier ses comportements en matière de santé. Orientez les client(e)s vers le 2-1-1 pour connaître les ressources communautaires locales.
Reconnaître les troubles alimentaires
- Les troubles alimentaires et l’alimentation désordonnée n’ont pas une « apparence » particulière. Une personne peut souffrir de troubles alimentaires, peu importe sa taille, son âge, son genre, sa classe socioéconomique, son origine raciale ou ethnique et ses capacités (NEDIC, en anglais seulement, et/ou ANEB (Anorexie et boulimie Québec)).
- La Société canadienne de pédiatrie recommande que tous/toutes les adolescent(e)s, quelle que soit leur taille, fassent l’objet d’un dépistage des troubles alimentaires (Société canadienne de pédiatrie).
Comment soutenir les patient(e)s qui souhaitent perdre du poids?
- Validez leur désir de perdre du poids et tous les facteurs qui contribuent à ce désir. Posez la question : « Qu’espérez-vous voir s’améliorer lorsque vous perdrez du poids? » Les patient(e)s s’attendent souvent à ce que la perte de poids soit la réponse à leurs problèmes de santé. En tant que prestataires de soins de santé, nous pouvons nous sentir obligé(e)s de répondre à ces attentes.
- Tenez compte des objectifs du/de la patient(e). La perte de poids est-elle vraiment nécessaire pour atteindre ces objectifs? Le désir de la personne de perdre du poids estil motivé par des préjugés externes ou intériorisés (p. ex. un spécialiste lui a dit qu’elle devait perdre du poids pour recevoir des soins ou elle pense qu’elle serait plus heureuse si elle était plus mince)?
- Pensez à communiquer des renseignements sur la science du poids et sur les avantages d’un changement de mode de vie, quel que soit le poids atteint. Par exemple, dites « lorsque vous commencez à adopter des comportements sains, votre poids peut augmenter, diminuer ou rester le même ».
- Posez la question suivante : « Qu’est-ce qui, selon vous, ferait la plus grande différence pour votre santé et votre bien-être en ce moment, en dehors de la perte de poids? » ou « Quelles habitudes pourriez-vous adopter pour améliorer votre santé et mieux vous sentir? »
Ressources et outils recommandés
- Association for Weight and Size Inclusive Medicine : https://weightinclusivemedicine.org/ (en anglais seulement)
- Medical Students for Size Inclusivity : https://sizeinclusivemedicine.org/ (en anglais seulement)
- Association for Size Diversity and Health (ASDAH) Framework of Care : The Health at Every Size® (HAES®) Principles – ASDAH (en anglais seulement)
- Weight and Healthcare Newsletter Ragen Chastain : https://weightandhealthcare.substack.com/ (en anglais seulement)
- Towards a Weight Inclusive Approach in Public Health : A Position Statement by the Ontario Dietitians in Public Health. 2024. Diététistes en santé publique de l’Ontario. Disponible à l’adresse suivante : https://odph.ca/section/weight-bias/https://www.odph.ca/addressing-weight-bias-resources (en anglais seulement).
Les Diététistes en santé publique de l’Ontario tiennent à remercier leurs collègues universitaires et cliniciens pour leur contribution utile.
Références
- Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé (Santé publique Ontario). Résumé. Revue de l’article « Weight Bias : A Narrative Review of the Evidence, Assumptions, Assessment, and Recommendations for Weight Bias in Health Care ». Toronto (Ontario). Santé publique Ontario. (2024). https://www.publichealthontario.ca/-/media/Documents/W/24/weight-bias-narrative-review.pdf.
- Mercedes, M. et Kriete M. Anti-fatness and public health: reconsidering “obesity” and its “prevention.” [Webinaire]. New England Public Health Training Center. https://www.nephtc.org/enrol/index.php?id=336. Consulté le 22 novembre 2024.