Introduction
Les préjugés liés au poids et la stigmatisation et la discrimination qui en résultent constituent un important problème de santé publique et de justice sociale qui conduit à des iniquités en matière de santé. La santé publique ne doit pas considérer les poids plus élevés comme une maladie ou une épidémie, car cela contribue à la discrimination liée au poids. Une approche inclusive à l’égard du poids est nécessaire pour réduire les méfaits et promouvoir la santé des individus au corps plus large.
Le but de cet énoncé de position est de sensibiliser les professionnel(le)s de la santé publique aux injustices systémiques qui résultent des préjugés, de la stigmatisation et de la discrimination liés au poids. L’énoncé présente également des recommandations pour atténuer les méfaits grâce à une approche inclusive à l’égard du poids.
Tous/toutes les professionnel(le)s de la santé publique doivent travailler ensemble pour soutenir une approche inclusive à l’égard du poids qui améliore les résultats de santé pour tous/toutes.
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Contexte
La priorisation de la santé d’une perspective occidentale est évidente dans la définition que lui donne l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition peut créer des attentes irréalistes et conduire à des sentiments d’incapacité et de culpabilité, ce qui peut avoir un impact négatif sur la santé et le bien-être des individus. Il est important de noter que la santé est dynamique et peut varier en fonction des contextes culturels, sociaux, environnementaux et historiques. En tant que telle, la notion d’atteinte de la « santé » n’est pas absolue et est sujette à la relativité et à une évolution constante.
Le domaine de la santé publique considère souvent la santé comme étant modifiable par un changement de comportement individuel, créant ainsi un impératif moral selon lequel un état de « bonne » santé est réalisable et que tout le monde devrait le souhaiter ou tenter de l’atteindre. Cependant, un bon état de santé est subjectif et différent pour chacun(e), car la santé est influencée par des facteurs systémiques, structurels, physiologiques, psychologiques, environnementaux, économiques, politiques et sociaux complexes, appelés déterminants sociaux de la santé (DSS).
Comme c’est le cas pour la santé, le poids est complexe et multifactoriel. De nombreux(ses) professionnel(le)s et chercheurs(euses) du domaine de la santé associent un poids et un indice de masse corporelle (IMC) plus élevés à une moins bonne santé et à une mortalité accrue. Malgré son utilisation répandue, l’indice de masse corporelle (IMC) à lui seul n’est pas, ni n’était-il censé être, une mesure valable de la santé globale d’une personne. Cette vision simpliste aboutit à des recommandations axées sur le poids qui contribuent aux préjugés, à la stigmatisation et à la discrimination liés au poids, tout en augmentant les iniquités en matière de santé et en ayant un impact négatif sur les résultats en matière de santé.
Les préjugés, la stigmatisation et la discrimination liés au poids chevauchent et renforcent également d’autres formes de discrimination et de systèmes d’oppression, y compris le colonialisme, l’homophobie, la transphobie, le racisme, le classisme, le capacitisme et le sexisme. Les idéaux de beauté et de poids dans la culture occidentale sont enracinés dans le racisme anti-Noirs et anti-Autochtones, le colonialisme, le classisme et le sexisme. Des siècles de politiques coloniales ont créé un système de hiérarchie qui privilégie la blancheur, entraînant une discrimination raciale et un colonialisme de peuplement persistant. Cela a aggravé les résultats en matière de santé des Noirs, des Autochtones et d’autres personnes racialisées. Les professionnel(le)s de la santé publique doivent tenter de mieux comprendre comment le racisme systémique et le colonialisme ont influencé les croyances sociétales et médicales concernant la taille corporelle.
Les préjugés, la stigmatisation et la discrimination liés au poids ont un impact sur les individus tout au long de leur vie. Les idéaux de poids et les stéréotypes concernant les corps plus larges sont enseignés aux jeunes enfants par la société en passant par la famille, les pairs, les médias, l’école ainsi que via d’autres contextes. Les femmes sont plus souvent victimes de stigmatisation liée au poids que les hommes. De plus, les groupes racialisés et les collectivités 2ELGBTQ+ connaissent des taux plus élevés de stigmatisation liée au poids que les individus blancs et hétérosexuels.
Les préjugés et la stigmatisation généralisés liés au poids conduisent à la discrimination envers les personnes au corps plus large dans les contextes suivants :
Soins de santé: Les attitudes négatives dans diverses disciplines de la santé ont un impact sur la qualité des soins. Par exemple, les patient(e)s sont souvent blâmé(e)s pour leur poids, se font prescrire une perte de poids pour des plaintes non reliées et refuser des soins médicaux.
Emploi: La discrimination fondée sur le poids se produit dans l’emploi par le biais des décisions d’embauche, des salaires, des promotions et des décisions de licenciement, ce qui limite les opportunités économiques.
Éducation: La stigmatisation liée au poids peut se produire dans les écoles via le harcèlement à cause du poids, les programmes scolaires et les actions (ou inactions) du personnel de l’éducation, qui peuvent avoir un impact sur la réussite scolaire.
Médias: Au moyen des plateformes médiatiques populaires, des réseaux sociaux ou des campagnes de promotion de la santé, les médias perpétuent les stéréotypes sur les individus au corps plus large tout en normalisant la stigmatisation liée au poids.
Interactions interpersonnelles: La famille est la source la plus fréquente de stigmatisation liée au poids, laquelle peut être particulièrement dommageable aux enfants et aux jeunes. Se faire taquiner ou recevoir des commentaires inappropriés à cause du poids quel que soit son âge, donne lieu à une moins grande satisfaction de ses relations avec les autres. La même chose peut se produire avec de parfait(e)s inconnu(e)s en faisant les épiceries, en prenant l’autobus et en prenant une marche.
Atténuation des méfaits en adoptant une approche inclusive à l’égard du poids
« L’approche dominante centrée sur le poids » (weight-normative approach) et « l’approche centrée sur la santé et les complications » (health/complication centric approach) blâment les individus pour leur état de santé. Elles ciblent le poids et/ou l’IMC comme étant un problème de santé à résoudre. En revanche, l’approche inclusive à l’égard du poids est la seule option qui contribue activement à l’atténuation et à l’élimination des méfaits causés par « l’approche dominante centrée sur le poids » (weight-normative approach) et par « l’approche centrée sur la santé et les complications » (health/complication centric approach). La santé publique ne doit pas considérer les poids plus élevés comme une maladie ou une épidémie, car cela contribue à la discrimination liée au poids. Une approche inclusive à l’égard du poids est nécessaire pour réduire les méfaits et promouvoir la santé des individus au corps plus large.
« L’approche dominante centrée sur le poids » (weight-normative approach) considère les corps plus larges comme étant atteints d’une maladie nécessitant un traitement plutôt que comme une variation normale de la taille du corps humain. L’attribution d’une étiquette de maladie à des corps plus larges amène ceux/celles qui tombent dans cette catégorie à se sentir déshumanisé(e)s et à subir des préjugés, de la stigmatisation et de la discrimination. L’approche inclusive à l’égard du poids s’oppose à ce que l’on blâme l’individu pour son état de santé et met en évidence l’impact des conditions sociales, culturelles et environnementales sur la santé de l’individu.
Une approche inclusive à l’égard du poids reconnaît l’importance des soins tenant compte des traumatismes et de la violence. Le poids et la perte de poids ne sont pas des éléments de traitement ou d’intervention. L’approche inclusive à l’égard du poids préconise des soins développés pour tous et toutes grâce à la recherche, aux outils, aux équipements et aux meilleures pratiques qui incluent les individus au corps plus large.
Le rôle de la santé publique dans la perpétuation des préjugés liés au poids
Le secteur de la santé publique a contribué aux préjugés liés au poids en présentant « l’obésité » comme une crise de santé publique, un fardeau économique et en traitant le poids comme une responsabilité personnelle. De telles campagnes et messages ne favorisent pas ni ne motivent l’amélioration de la santé et du bien-être. Au contraire, cela fait diminuer le sentiment de contrôle des individus sur leur état de santé. Cela contribue également à accroître les préjugés liés au poids, ceux-ci donnant lieu à des taquineries, de l’intimidation, du harcèlement, de la violence, de l’hostilité, de l’ostracisme, des pressions pour perdre du poids et des commentaires négatifs sur l’apparence.
Les répercussions de se concentrer sur la perte de poids
Il ne semble pas exister d’approches efficaces pour parvenir à une perte de poids à long terme. Lorsque l’on cherche à perdre du poids, il y a souvent des conséquences néfastes, notamment une mortalité accrue, une « alimentation désordonnée », des troubles alimentaires, une détresse émotionnelle, un bien-être mental diminué et de « l’effet yo-yo du poids » (weight cycling).
Les répercussions sur la santé des préjugés, de la stigmatisation et de la discrimination liés au poids
La stigmatisation et la discrimination que subissent les personnes dont le corps est plus large sont des facteurs de risque indépendants de mortalité et de morbidité. De plus, la stigmatisation et la discrimination liées au poids entraînent des conséquences mentales, physiques, sociales et économiques. Ces résultats existent même après avoir tenu compte de l’IMC, ce qui suggère que la stigmatisation et la discrimination liées au poids, plutôt que seul un poids plus élevé, augmentent le risque de problèmes de santé mentale et physique.
Recommendations en matière de pratique en santé publique
Les préjugés liés au poids, la stigmatisation et la discrimination déshumanisent les gens et contribuent à l’oppression des personnes vivant dans des corps plus larges. Le traitement différent à leur égard crée des iniquités, ne tient pas compte des besoins individuels et cause des méfaits aux niveaux physique, mental et émotionnel.
Pour améliorer la santé de la population, la santé publique doit adopter une approche antiraciste et anti-oppressive ainsi qu’une perspective tenant compte des traumatismes et de la violence. La santé publique doit s’éloigner de la perspective centrée sur le poids et s’orienter vers une approche inclusive à l’égard du poids étant une composante d’une approche axée sur l’équité.
Les recommandations suivantes décrivent la façon d’adopter cet énoncé de position en santé publique. Elles sont regroupées en quatre catégories principales : communications, environnements et politiques favorables, collaboration et partenariat, et éducation et formation/renforcement des capacités.
Cette liste n’est pas exhaustive; nous reconnaissons que beaucoup plus peut être fait dans la pratique de la santé publique pour mettre fin aux préjugés, à la stigmatisation et à la discrimination liés au poids. Tous et toutes les professionnel(le)s de la santé publique doivent travailler ensemble pour soutenir une approche inclusive à l’égard du poids qui améliore les résultats de santé pour tous/toutes.
Collaboration et partenariat
- Favoriser le partenariat et la collaboration entre les communautés et les individus qui ont une expérience vécue (ex. les individus dont le corps est plus large) et s’engager à faire valoir leurs opinions en tant qu’expert(e)s. S’assurer que leur travail est rémunéré de manière appropriée.
- Consulter les partenaires locaux (ex. les écoles, les lieux de travail, les prestataires de soins de santé) pour les sensibiliser aux préjugés, à la stigmatisation et à la discrimination liés au poids. Les soutenir dans leurs efforts pour empêcher de les perpétuer, par exemple par le biais d’initiatives de formation et de plaidoyer dans leur organisation et la communauté au sens large.
- Encourager et soutenir les partenaires pour mettre fin aux programmes et aux ressources qui ne correspondent pas à une approche inclusive à l’égard du poids.
- Soutenir les partenaires et leur donner les moyens de mettre à jour leurs politiques et leurs ressources pour refléter une approche inclusive à l’égard du poids.
Communications
- Réviser, retirer ou mettre à jour les ressources et les messages pour veiller à ce qu’ils correspondent à une approche inclusive à l’égard du poids. Envisager d’impliquer des personnes ayant une expérience vécue dans la co-création et/ou l’examen des ressources.
- Retirer toutes les références aux catégories « poids santé », « poids normal » et IMC, et les remplacer par des informations sur les préjugés, la stigmatisation et la discrimination liés au poids.
- Adopter une approche inclusive à l’égard du poids en utilisant des images positives et non stigmatisantes.
- Éviter l’utilisation des termes « obésité » ou « surpoids » dans les messages et intégrer un langage plus inclusif.
- Éviter de considérer « l’obésité » comme une maladie chronique et de la présenter comme une crise de santé publique, car les données suggèrent que cela peut être nocif.
- Éviter de référer au « surpoids/obésité » comme un comportement lié à la santé, car de solides éléments probants indiquent que le poids n’est pas un comportement et ne doit pas être traité comme tel.
- Lors de l’élaboration de messages sur les comportements liés à la santé, s’assurer que les répercussions des déterminants sociaux de la santé sont également communiquées.
- Éviter de disséminer des renseignements sur l’IMC.
Environnements et politiques favorables
- Créer un environnement inclusif à l’égard du poids qui occupe la totalité de l’espace et qui inclue des meubles et de l’équipement (ex. des chaises, des salles de toilettes) conçus pour accueillir des personnes de différentes tailles corporelles. Pour voir la clientèle, s’assurer qu’un espace calme, privé et confortable est disponible. Demander à la clientèle comment l’espace peut être modifié pour qu’elle se sente plus en sécurité et plus à l’aise.
- Élaborer et mettre en œuvre une liste de vérification pour soutenir un environnement inclusif à l’égard du poids et la réviser régulièrement.
- Supprimer les images ou les documents (ex. les magazines, les photos au mur) qui font la promotion des idéaux minces et stigmatisent les corps plus larges. Les remplacer par des images et représentations positives d’un groupe diversifié d’individus dans des corps différents (ex. capacité, race, sexe, etc.).
- Élaborer et mettre en œuvre des politiques qui font la promotion d’une approche inclusive à l’égard du poids. Intégrer des processus d’amélioration continue et d’évaluation de la qualité.
- Cela inclut des pratiques inclusives concernant les soins cliniques et le poids, telles que la manière d’obtenir un consentement éclairé lorsqu’il est nécessaire de mesurer le poids (ex. le dosage des médicaments et des vaccins), la possibilité de peser « à l’aveugle », de garantir la confidentialité et de ne pas faire de commentaires sur le poids d’un(e) client(e).
- Modifier les politiques liées à l’équité, à la diversité et à l’inclusion pour lutter contre la discrimination fondée sur l’apparence et le poids.
- Modifier les politiques d’accessibilité pour accueillir les personnes au corps plus large.
- Reconnaître, utiliser et amplifier la voix des personnes ayant vécu une expérience de vie dans un corps plus large et de celles qui peuvent avoir subi des préjugés liés au poids. Obtenir un consentement éclairé et fournir une compensation appropriée pour les commentaires reçus sur l’expérience vécue.
- Veiller à ce qu’un processus transparent de plaintes et de commentaires adopte une approche tenant compte des traumatismes.
- Effectuer des révisions régulières des politiques, procédures, programmes, espaces et plans en impliquant ceux/celles qui possèdent une expertise et une expérience vécue de la stigmatisation liée au poids.
- Éviter d’utiliser des programmes et des activités qui perpétuent la stigmatisation liée au poids, tels que les programmes de perte de poids, l’utilisation du poids ou de l’IMC comme critères d’admissibilité, ou la pesée du corps lorsque cela n’est pas nécessaire sur le plan médical.
- Le personnel reçoit un soutien pour suivre des formations et participer à des activités d’éducation continue sur les soins inclusifs à l’égard du poids.
- Encourager le recours à des soins tenant compte des traumatismes et de la violence pour se sensibiliser aux expériences de toutes les personnes qui ont été stigmatisées ou marginalisées. Par exemple, reconnaître le travail émotionnel et mental impliqué dans la recherche et l’accès aux services.
- Favoriser l’inclusion du poids comme caractéristique protégée dans le Code des droits de la personne de l’Ontario (Code) en plaidant pour sa reconnaissance et sa protection en vertu du Code.
Intervenir en faveur de programmes et de politiques en amont qui abordent les DSS au lieu de se concentrer spécifiquement sur le changement de comportement individuel.
Éducation et formation/renforcement des capacités
- Tenter de comprendre la question des préjugés liés au poids grâce à une auto-réflexion critique et à une prise de conscience des attitudes personnelles, des préjugés, des croyances, de l’identité culturelle, du pouvoir et des privilèges.
- Offrir des occasions de formation et de discussion pour réfléchir à la culture des diètes du lieu de travail et mettre en pratique des réponses appropriées aux discussions sur les diètes dans divers contextes. Reconnaître qu’il est important de perturber la culture des diètes sur le lieu de travail pour contribuer à créer des espaces plus sûrs pour les personnes peu importe la taille de leur corps.
- Pendant l’examen des données probantes ou la conduite de recherches, les aborder dans une perspective inclusive à l’égard du poids.
- S’engager à désapprendre les narrations coloniales de supériorité raciale et d’oppression, et la manière dont celles-ci se chevauchent et se renforcent avec la discrimination liée au poids.
- Offrir une formation et des ressources sur une approche inclusive à l’égard du poids pour améliorer les compétences, les connaissances et les attitudes des professionnel(le)s de la santé publique, des éducateurs(trices), des partenaires communautaires et des organisations provinciales associées.
- S’engager à continuer à se renseigner sur les outils et les soutiens destinés aux personnes au corps plus large sans cibler la perte de poids (ex. aides à la mobilité, physiothérapie et soins de la peau).
- Faire la promotion et distribuer l’énoncé de position et son annexe à toutes les équipes des bureaux de santé publique de l’Ontario afin d’assurer des messages cohérents.